Billet philosophique

Juste un mot…

Il est des moments, dans le devenir d’une agglomération et le vécu de sa population, où le spectacle paradoxal qu’elles offrent au regard introduit inévitablement la pensée à une réflexion sur la signification complexe du temps historique. Il en est actuellement ainsi de Decazeville et plus généralement du « Pays noir ».
Broyées il y a un demi-siècle par la loi impitoyable de la macro-économie, cette localité et les communes des environs auraient pu mourir au nom de l’intérêt supérieur, du moins supposé, de la nation. Mais c’était sans compter sur la prodigieuse vitalité de sa valeureuse classe ouvrière. Cette dernière, en partie constituée par l’immigration et l’assimilation parfaitement réussie de polonais, de grecs, d’italiens et d’espagnols, après avoir fait passer ce joli coin du Rouergue d’un mode de vie rural au statut de grand bassin industriel, est en train de démontrer, plusieurs décennies après le saccage évoqué plus haut, qu’à la torpeur de l’hiver succèdent en général les sourires du printemps.

Hegel_portrait_by_Schlesinger_1831

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La population de Decazeville et des localités qui l’entourent nous donne une leçon de vie.

Le temps

Le temps est l’élément de la relation de l’être et du non-être. Mais il n’est pas seulement signe de finitude et d’inconsistance, source de déclin et de disparition. Il peut aussi être occasion d’expérience et de sagesse, de transmission et de progrès. Il y a, comme l’œuvre de Hegel l’annonce à la modernité, une dialectique de l’histoire, une positivité du négatif. Savoir qu’on risque de mourir peut inciter à inventer l’art de mieux vivre.
Le temps est contradictoire, corruption et génération, destruction et création. Il est la matrice du processus par lequel quelque chose s’accomplit et il est ce processus lui-même. L’image de la rivière dans laquelle on ne peut se baigner deux fois ne résout rien car l’eau de la rivière suit un cours déjà tracé alors que le temps est ouvert. Il est l’élément de la liberté.
La population de Decazeville et des localités qui l’entourent nous donne une leçon de vie. Sous d’autres formes, avec un nouveau type d’entreprises qui utilisent de nouvelles technologies et fonctionnent sur un nouveau mode d’organisation, l’activité est en train de renaître et de se développer, enracinée dans l’indomptable courage des enfants du Bassin qui réagissent à l’adversité avec pugnacité et détermination.

L’Homme

Quand l’homme crée, il laisse une œuvre dans laquelle il s’exprime et s’objective. Sa production est un anti-destin, il s’y dépasse et dépasse le temps de sa vie qu’ainsi il maîtrise. Par son effort et son travail, dans la mesure de son pouvoir, il participe au devenir de l’humanité. Il est l’agent efficace d’une histoire positive au cours de laquelle il se rend progressivement maître du monde matériel. Son effective réalité est dans ce qu’il fait, dans ce « faire » auquel il consacre son temps et par lequel il se façonne lui-même, devenant ainsi le principal produit de sa propre activité.
Ceux dont le regard manque d’acuité et qui, victimes des apparences, pourraient croire que les façades noircis qui se souviennent de l’époque du charbon constituent à jamais la seule réalité de ce pays, doivent aujourd’hui constater que, derrière ce triste décor, bouillonne une formidable vitalité qui demain redonnera certainement au Bassin de Decazeville modernisé, une animation laborieuse et joyeuse digne de celle qu’il a connu dans le passé.
Et ce sera justice.

Louis GOMBAUD

Les Cahiers

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