C’est dans un endroit empli de mystères que je vous convie dans ce numéro des « cahiers de la belle vallée ». Dans ce lieu la légende se mélange à l’histoire sans que l’on puisse en entrevoir les limites réelles. Ce lieu se situe à la limite du Lot et de l’Aveyron, tout prêt de la cité de Cajarc. Pour y accéder il faut se rendre à Salvagnac-Cajarc, et prendre un chemin sous le magnifique château fort qui veille sur ce coin de vallée. Son nom le gouffre de Lantouy laisse déjà présager un lourd passé lointain aux parfums de mystères.

Photo Romuald Blondel

Niché dans un décor comme seuls les causses de notre région savent en offrir, le gouffre est une résurgence restituant les eaux souterraines glacées, provenant de la partie orientale du causse de Limogne. Près de ce lac à l’eau d’un bleu émeraude, se trouvait autrefois un couvent fondé par Saint-Namphais, célèbre personnage qui apparaît en Quercy à la fin du 8e siècle. C’est alors un preux guerrier, un compagnon de Charlemagne qui, lassé de la guerre et de ses massacres, a décidé de se retirer en religion et de devenir ermite. Venu dans le Quercy, il cherche alors dans les vastes solitudes boisées un lieu propice à la méditation et à la prière. Il le trouve à Lantouy, près de la vallée du Lot où il fonde un monastère. On y voit encore aujourd’hui les ruines de ce vestige historique au-dessus du gouffre.
Le tableau est enchanteur, amis il est entaché par une sombre légende qui hante les lieux de sa terrible histoire qui se serait déroulée un peu avant l’an mil.


En cette période reculée de notre passé, le lieu de Lantouy est animé. Le petit couvent déborde d’activité, les bonnes sœurs sont harassées par les tâches quotidiennes et le temps passé à la prière. Il faut dire, que les pentes raides sur les lesquels se trouvent leurs terres rajoute de la difficulté à leur labeur. Afin de soulager les sœurs, la Mère du couvent décide d’embaucher une lavandière. Épouse de paysan ou fille mère, comme voudrait l’attester certaines versions – l’histoire ne le dit pas – une jeune femme fut choisie pour effectuer la tâche. Chaque jour que Dieu faisait, elle suivait un rituel quasi immuable : laver le linge, l’étendre et s’en retourner au couvent où les religieuses lui dressaient le couvert.

Photo Romuald Blondel

Un jour, affamée plus que de coutume, après des heures passer à battre le linge au bord de la rivière, elle remonte avec hardiesse au couvent. Empressée de passer à table, elle se jette sur sa pitance. Il semblait que ce soit un civet comme savait si bien le réaliser la cuisinière de la communauté. Mais une fois son assiette bien entamée, elle croit voir au fond de celle-ci des doigts de bébé. Paniquée, affolée, la lavandière, qui le matin avait laissé son rejeton à la garde des sœurs, exige que celles-ci le lui amènent sur le champ. Embarrassées, les religieuses la conduisent dans une chambre où se trouvait le berceau. L’enfant semblait dormir paisiblement bien emmitouflé. Pas vraiment remise de ses émotions, la lavandière trébucha en arrière et donna un coup de pied au berceau. C’est alors que la tête de l’enfant roula dans la pièce. Livide, elle se mit à hurler si fort que le son de sa voix se répercuta dans tout le pays. «Maudit soit ce couvent ». Un ange compatissant s’approcha d’elle et lui demanda : « souhaitez-vous que le couvent soit changé en feu ou en eau ? » Plutôt qu’un feu éternel, elle optât pour l’eau. Aussitôt dit, la bâtisse construite en hauteur s’effrita et se mit à glisser. Les pierres roulèrent jusque dans la combe. Les cloches de la chapelle suivirent dans un incroyable fracas. Là où elles s’arrêtèrent, un trou apparut qui aussitôt se remplit d’eau. Depuis les gens des environs se signent en passant près du gouffre et lors du jour de la Saint-Jean, on peut entendre le glas du couvent retentir du fond des entrailles du ravin.
De nos jours, c’est une résurgence qui est régulièrement explorée lors de plongées souterraines et qui a malheureusement été le théâtre d’un drame en 1995 de quoi en rajouter à la légende.
Malgré tout cela, j’encourage ceux qui ne connaissent pas ce lieu à combattre la peur de la terrible histoire afin de s’y rendre. Vous y trouverez une nature curieuse, une eau d’un bleu émeraude, avec des arbres tentaculaires…qui semblent se nourrir des eaux du gouffre les libellules bleutées qui papillonnent dans cet environnement enivrant rendent cet endroit hors normes et propice à un moment de méditation ou de pure contemplation.

Mathieu MARTY

Les Cahiers

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