Le Musée Champollion

S’il est un personnage qui méritait absolument d’inscrire son nom sur le fronton d’un musée, c’est bien Champollion ! S’il est une ville qui se devait de l’accueillir, c’est, évidemment, sa ville de naissance, Figeac.
Longtemps les musées ont été l’affaire des grandes villes. Les villes de moyenne importance, soit qu’elles n’en avaient pas les moyens, soit qu’elles n’en voyaient pas l’intérêt, n’en possédaient pas, ou alors de manière exceptionnelle. Pourtant, vers les années 1960, peut-être sous l’influence d’André Malraux, ministre de la culture du général De Gaulle, et plus encore dans les années 1980, le fait culturel acquiert de l’importance et commence à prendre place, toute sa place. A Figeac, sous-préfecture du Lot, centre administratif, commercial, touristique, d’une certaine importance, quelques personnes pensaient depuis longtemps à l’intérêt qu’il y aurait de posséder son propre musée. Cependant, ce n’est qu’en 1977, que le conseil municipal, nouvellement élu, fait l’acquisition et décide, ensuite, de restaurer la maison natale de l’illustre Champollion.

Deux fragments d’un édit royal de Ptolémée

Musée Champollion-Deux fragments d’un édit royal de Ptolémée III-®Th.Estadieu

On pense alors que l’affaire est bien partie pour aboutir rapidement à la pleine et entière réalisation du projet initial : la création d’un véritable musée consacré à l’enfant du pays connu et reconnu dans le monde entier.  Ces affaires sont toujours longues à mettre en route. Il faut convaincre les administrations, trouver les financements et les partenariats qui permettent à la nouvelle institution de fonctionner, recruter la bonne personne pour organiser et faire fonctionner la structure. C’est un véritable casse-tête ! Mais le projet est en route et rien ne pourra plus l’arrêter. Il est entièrement et totalement dédié à Champollion. Il en résulte une réalisation modeste mais très aboutie. Il est inauguré en présence du Président de la République, François Mitterrand, en 1986. Puis  viennent le classement de Figeac comme « Ville d’Art et d’Histoire », label attribué par le Ministère de la Culture, en 1990, et enfin la reconnaissance régionale, avec la distinction qui lui permet de se présenter comme « Grand Site de Midi-Pyrénées ».

Figeac, ville d’art et d’Histoire

Puis en 1994, un nouveau projet est soumis à la Direction des musées de France, projet qui aboutira 13 ans plus tard, en 2007 : une nouvelle étape est franchie car il élargit sa thématique et prend le sous-titre « Les Ecritures du Monde ». Il s’agit en fait d’une deuxième naissance due à la réussite du musée existant, à la volonté de présenter une palette plus vaste, reprenant en quelque sorte le rêve de Champollion d’appréhender toutes les écritures du monde.

Extrait de Coran

Extrait de Coran en écriture maghibi musée Champollion, 1ère moitié du XVI° siècle. Iran. photo Méraville

Mais qui était Jean-François Champollion ? Il n’est pas si facile de cerner la personnalité de Champollion. Un passionné, un curieux, un chercheur, un savant, tous ces qualificatifs pourraient s’accorder sans donner un aperçu de son immense talent si on n’ajoutait pas, un génie ! Ce génie, naît à Figeac, d’un père originaire de Grenoble, colporteur, comme il y en avait beaucoup alors, et d’une mère d’une vieille famille figeacoise, Jeanne-Françoise Gualieu. Comment dire mieux son parcours que le qualifier de stupéfiant ? Il apprend à lire tout seul, à cinq ans, dans un missel. Il commence très jeune l’initiation du latin et du grec, puis de l’hébreu. Parti à Grenoble, en 1801, rejoindre son frère Jacques-Joseph, connu sous le nom de Champollion-Figeac, qu’on peut sans hésitation qualifier d’érudit, qui le prend sous son aile, il apprend, sous la direction de l’abbé Louis-Joseph Jay, le latin, le grec, l’hébreu, des rudiments d’arabe, de syriaque, de chaldéen…Il se prend de passion pour l’Egypte, qu’il pressent comme une sorte de matrice dans laquelle les autres cultures sont venues s’approvisionner. Il se donne à l’étude des hiéroglyphes de façon totale, on peut presque dire destructrice – en tous cas pour sa santé – et frénétique.

Je suis tout à l’Egypte, elle est tout pour moi

Le voilà à Paris, puis de retour à Figeac, encore Grenoble et, c’est toute l’aventure de l’égyptologie qu’il va commencer à écrire en se passionnant et finalement décryptant les hiéroglyphes. C’est ce que montre le musée qui porte si bien son nom. Il retrace sa vie, mais surtout va plus loin, semblant partie prenante de la recherche du savant, comme si la passion de Champollion avait quelque chose de communicatif ! On a pu écrire que l’égyptologie était une passion française, le musée de Figeac la porte résolument et, dira-t-on, fièrement.

La façade aux mille lettres

La façade aux mille lettres, P. di Sciullo

On y trouve tout ce qui a trait, de près ou de loin, à l’égyptologie et à l’écriture, puisque le musée aborde aussi les autres civilisations de l’écriture : un sarcophage, œuvre admirable aux couleurs encore bien conservées malgré le temps, des papyri,  rares, dont certains extrêmement beaux, des statues… On peut contempler des reproductions magnifiquement exécutées, comme le Code d’Hammourabi, un scribe sous la dictée de Thot. Le musée est riche d’un fonds très important qu’il enrichit sans cesse, lorsque s’en présente la possibilité. C’est ainsi que Benjamin Findinier, son directeur, Conservateur des Musées de Figeac, qu’on sent passionné et bien dans ses fonctions, peut annoncer quelques-unes des acquisitions qui complètent heureusement les collections. « Afin d’élargir nos collections, écrit Benjamin Findinier, nous avons acquis à Paris deux ouvrages d’Athanase Kirchner, jésuite allemand, l’un des protagonistes qui a essayé de déchiffrer les hiéroglyphes que l’on trouvait sur les obélisques à Rome au XVII° siècle ».

Portrait de Jean-François Champollion

Portrait de Jean-François Champollion-®musée Champollion, Figeac, photo N Blaya CG 46

Les achats sont nécessaires mais souvent difficiles, faute de moyens. Le jeune et sympathique directeur est, légitimement, très fier d’un achat exceptionnel. Le musée possédait un fragment d’inscription acheté il y a une dizaine d’années. C’était un morceau très intéressant en tant que tel mais voilà que la chance se présente sous la forme d’une des parties le complétant mise à la vente, à Paris. Grâce entre autres à l’accord de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, qui met à la disposition du musée figeacois une partie de la somme correspondant à cet achat, provenant du Fonds du Patrimoine, la pièce manquante est achetée par Figeac. Or c’est un document exceptionnel, car il s’agit d’un texte relatif à la déification d’OUDJARENES. C’est le seul cas connu de déification d’une femme. (Ordinairement les achats sont réalisés avec le seul concours du Fonds Régional d’ Acquisition pour les Musées (Région, DRAC), qui intervient à hauteur d’environ 50%, la ville faisant le complément).

Livre des Morts

Livre des Morts

Les musées d’aujourd’hui ne ressemblent pas à ceux décrits par Paul Valéry qui y voyait « l’enterrement » des œuvres ! Ici, elles sont mises en valeur, expliquées, elles sont soumises à rotation pour qu’elles puissent être protégées, mises à l’abri afin de les soustraire aux facteurs dégradants que sont la lumière, la température… Il s’agit également de renouveler l’intérêt du public, en présentant de nouveaux dépôts en provenance du Louvre, du musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris, du DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) et même des musées d’Oslo et de Rodez (Fenaille) et de personnes privées qui prêtent des œuvres remarquables.

Une exposition, c’est un discours

Les expositions temporaires répondent à cette exigence : « donner à voir des choses que le public n’a pas l’occasion de voir ordinairement ».
Il y a tant de merveilles que nous ne saurions les décrire toutes. Nous en présentons quelques-unes ci-dessous.
Si le Musée Champollion a si bien trouvé sa place et fidélisé son public,  il le doit, bien entendu, à la richesse et la variété de ses collections, à l’agencement de celles-ci, à l’architecture des bâtiments, à sa place au centre de la ville, mais aussi et surtout, à son personnel toujours très accueillant, à l’écoute, prêt à répondre ou à trouver une réponse à vos questions…Bref, disons qu’il y a une ambiance dans laquelle on se sent bien. Le musée se donne à voir avec bonheur. Ses agents, une dizaine de personnes, plus quatre guides, veillent sur le confort et la satisfaction de chacun. Il y a de quoi faire, chaque année plus de quarante mille visiteurs viennent voir les expositions, beaucoup reviennent avec des amis… Grâce aux efforts de chacun le musée est, en quelque sorte, devenu l’affaire de tous.
Il est la pièce maitresse d’une ville qui se présente comme son écrin.

Les Cahiers

Il n’y a aucun commentaire.

Commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  
Please enter an e-mail address

13 Partages
Partagez13
Tweetez
Partagez
+1