La cité des martyrs celtes

Le siège d’Uxellodunum

Le siège d’Uxellodunum

En 51 avant JC, après la défaite d’Alésia, toute la Gaule est occupée par l’envahisseur romain…Toute ? Non ! Un petit village peuplé d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours à César.
Voilà comment nous pourrions commencer à vous conter l’histoire d’Uxellodunum, vous remarqueriez que les aventures d’Astérix et Obélix ne sont pas totalement imaginaires. Le théâtre de cette illustre résistance fut vraisemblablement la vallée du Lot, la cité fortifiée de Capdenac correspondant parfaitement au seul texte contemporain des faits. L’histoire de ce village d’irréductibles gaulois nous est rapportée dans le livre VIII de la « Guerre des Gaules » de Jules César, ou plutôt d’un de ses proches collaborateurs. En effet le célèbre ouvrage résumant la campagne militaire qui vit les romains soumettre nos ancêtres, se compose de huit livres résumant chacun une année de guerre. Les sept premiers ont été rédigés par César lui-même, il s’arrête à sa glorieuse victoire sur la coalition gauloise de Vercingétorix lors du siège d’Alésia. Le huitième fut rédigé par Hirtius après la mort de César. Lorsqu’il écrit le texte relatif au siège d’Uxellodunum, Hirtius est un personnage de premier plan. Comme consul, il a pu consulter les archives de l’armée, et en tant qu’ami de César, il a eu accès à ses notes personnelles pour compléter les siennes. On est certain qu’il n’a pas fait uniquement appel à ses souvenirs. Les détails topographiques présents dans le texte que nous résumons ci-après le démontrent amplement.
En l’an 51 avant J.C., après la chute d’Alésia, à la huitième et dernière année de la Guerre des Gaules, deux chefs gaulois, Drappes (de Sens) et Lucter (du Quercy) s’unirent à la tête d’une troupe de gens qualifiés de « sans aveu, bannis et voleurs », pour continuer la résistance. Ils décident de rejoindre la province Narbonnaise, afin d’y créer un mouvement de révolte.
Informé sur l’intention des deux chefs gaulois, Caninius se lance avec ses légions, à leur poursuite. Les deux chefs celtes, talonnés par les légions de Caninius, renoncent à leur projet et restent sur le territoire des Cadurques (actuel Quercy). Lucter occupe avec ses troupes ainsi que celles de Drappes, l’oppidum d’Uxellodunum. Là du temps de sa prospérité, Lucter avait été très puissant, et il exerçait une grande influence sur les habitants de cette ville. C’était une place remarquablement défendue par la nature.
Caninius y vint tout aussitôt, se rendant compte que de tous côtés, la citée était défendue par des rochers très escarpés, dont l’escalade, même en l’absence de tout défenseur, était difficile pour des hommes portant leurs armes. Il répartit ses troupes en trois camps qu’il fixa à grande altitude afin de voir l’intérieur même de la place. A partir de là, il entreprit un retranchement qui ferait le tour de l’oppidum.
Craignant un long siège et soucieux de faire des provisions, Drappes et Lucter décident de rassembler des vivres, et de partir au ravitaillement, ne laissant dans la forteresse que 2000 hommes d’armes. Plusieurs jours durant, les deux chefs et leurs ravitailleurs prennent une grande quantité de blé au pays des Cadurques. Quant à Caninius, redoutant d’être attaqué du dehors, il ne se presse point d’entourer la place d’une ligne fortifiée. Après plusieurs tentatives réussies pour introduire le blé dans la ville assiégée, Lucter et Drappes sont surpris par les troupes romaines. Lucter, attaqué à l’aube, voit ses convois interrompus et s’enfuit en Auvergne avec un petit nombre de ses compagnons. Drappes, demeuré au camp de base, est fait prisonnier, et toute sa troupe massacrée. il se laisse mourir de faim. Les assiégés se trouvent maintenant dépourvus de chef.
Caninius ne craignant plus d’être menacé de l’extérieur, continue d’investir la place-forte. Sur ces faits, Fabius arrive en renfort, celui-ci s’attache à un autre secteur d’investissement. César, qui était chez les Carnutes (région de Chartres), reçoit de nombreux courriers de Caninius l’informant de la résistance obstinée des habitants d’Uxellodunum, et du mal qu’il aurait à en venir à bout, malgré le rapport de force tout à fait en sa faveur. Inquiet de la valeur d’exemple que pouvait susciter cette petite cité, il se hâte de venir avec toute sa cavalerie, laissant son légat Calénus le suivre avec deux légions.
Arrivé à Uxellodunum, lorsqu’on l’y attendait le moins, César jugea que l’on ne pouvait pas abandonner le siège. Informé que les assiégés avaient d’abondantes provisions, il résolut de les priver d’eau. Une rivière coupait la profonde vallée qui entourait presque entièrement la montagne sur laquelle était juché le nid d’aigle des irréductibles. La ville d’Uxellodunum était de toute part escarpée. La nature du lieu ne permettait pas à César l’éventualité de détourner cette rivière. Les assiégés pouvaient s’y rendre par des chemins très difficiles. Ayant reconnu leur mauvaise situation à cet égard, César plaça des archers et des frondeurs sur quelques points, et même des machines de guerre sur les descentes les plus facilement praticables par les Gaulois. Dès lors l’accès à la rivière était interdit au Gaulois, à moins d’y risquer leur vie.

Capdenac le haut - porte sud

Capdenac le haut – porte sud

A lors ils se mirent tous à venir chercher de l’eau en un seul endroit. Sous le mur même de la ville, jaillissait une grande fontaine, du côté que laissait libre, sur une longueur d’environ 300 pieds (100m), le circuit de la rivière. Les 36000 soldats romains désiraient priver les assiégés de leur seule source. César en trouva le moyen.
Il fit d’abord creuser, dans la direction de la fontaine, des galeries d’approche, et élever des terrassements, avec beaucoup de difficultés et de grandes pertes pour son armée. Les assiégés occupant un point plus élevé pouvaient combattre sans grand danger.
Les galeries romaines continuaient d’avancer vers les ruisselets alimentant la fontaine, à l’insu des Gaulois qui ne pouvaient soupçonner de tels ouvrages.
En attendant l’aboutissement de ces galeries, César fit construire un terrassement surmonté d’une tour de 10 étages (environ 25m), sur laquelle il plaça des machines de guerre. Si l’ouvrage ne parvenait pas à dominer les murs de la ville, il pouvait empêcher les gaulois d’accéder aux bassins extérieurs. Les assiégés très alarmés par ce stratagème, font rouler sur les ouvrages romains, des tonneaux enflammés. En même temps, ils attaquent avec acharnement les troupes de César, avec pour intention d’empêcher les Romains d’éteindre l’incendie, s’en prenant à leurs ouvrages.
Voyant que beaucoup de ses soldats recevaient de graves blessures, César ordonna à ses troupes de simuler un assaut de la ville en poussant de grands cris de tous côtés. Effrayés par cette diversion, et ignorant ce qui se passait, les assiégés rappelèrent leurs combattants, qui regagnèrent leur muraille. Le combat ayant cessé à temps, les Romains purent sauver leurs ouvrages de l’incendie.
Les Gaulois continuaient leur résistance opiniâtre, l’accès aux bassins extérieurs leur étant interdit, ils se voyaient maintenant dans l’obligation de puiser l’eau de l’intérieur de la ville, ce qui rendait la tâche plus contraignante, à cause du trop grand nombre de bétail et d’homme assoiffés.
Puis, un matin la fontaine se trouva tarie par les galeries romaines. L’assèchement subit de cette source qui n’avait jamais cessé de couler désespéra les assiégés qui se croyant abandonnés des dieux, se rendirent.

La reddition d’ Uxellodunum

C’est donc à l’aube d’un beau jour de septembre, de l’an 51 avant notre ère, que le grand Jules César, ses généraux et leur suite d’hommes gravirent le sentier amenant à la petite ville d’Uxellodunum. César et toute l’armée romaine allaient enfin pouvoir franchir les fiers et immenses murs pour constater leur victoire et punir les insoumis qui depuis deux mois, résistaient à la plus grande armée de tous les temps. Le futur dictateur romain allait assouvir sa vengeance, et appliquer une sentence exemplaire à ces derniers Celtes qui tentèrent de sauvegarder leur liberté, face à plus de 36000 légionnaires romains.
Après quelques minutes d’ascension, les troupes de Rome purent approcher de l’imposante porte de la cité gauloise, plus aucun défenseur ne serait là pour la défendre, la poignée d’irréductibles avait craqué face au génie de César. Dans la cité gauloise, les habitants vaincus, et très affaiblis par ces longs jours de lutte, s’étaient rassemblés sur la place de la ville, et attendaient courageusement leurs ennemis. Les Gaulois savaient que leur résistance avait été exemplaire, et que leur châtiment serait à la hauteur de leur bravoure. Arrivés devant le peuple d’Uxellodunum, les Romains enchaînèrent tous les hommes en âge de porter les armes. La sentence allait être prononcée. Plusieurs billots furent dressés. César désirant que la rébellion de cette bourgade n’entraîne pas une révolte générale, décida d’infliger à ces hommes un châtiment qui marquerait la mémoire de tout le pays, afin de dissuader les peuples qui souhaiteraient échapper à la puissance de Rome. Pire que la mort, le châtiment choisit par César, fut de couper les mains, à tous les défenseurs de la cité. Conscient que la vision de ces géants guerriers Celtes, privés de leurs mains, refroidirait toutes les bourgades des alentours. Malgré leur courage légendaire, beaucoup furent obligés de lâcher un hurlement, au moment où la hache du bourreau déchirait leur chair. Nombreux ne résistèrent pas à la souffrance, où moururent des suites de cet affreux châtiment. C’est ainsi que les derniers représentants, d’une des plus grandes civilisations, furent traités. Encore aujourd’hui, lorsque l’on se rend à Capdenac, sur les lieux de l’ancienne ville d’Uxellodunum, le visiteur sensible, pourra ressentir une émotion étrange, qui ne se retrouve que sur les hauts lieux de l’histoire humaine. Uxellodunum, fut bien avant Montségur, le symbole de la justice, face à l’oppression, et le symbole de l’espoir et de la foi de quelques hommes, qui luttèrent jusqu’au bout pour la liberté.L’Association pour Uxellodunum à Capdenac met en valeur le patrimoine relatif à ce glorieux épisode. Une salle d’exposition gratuite située au cœur du village de Capdenac explique le déroulement du siège grâce à des documents et une maquette. De nombreux objets archéologiques y sont également exposés. Pour en savoir plus il est possible de se rendre sur le site de cette association très dynamique.
www.uxellodunum.org

Mathieu MARTY

Les Cahiers

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